Interview exclusive avec le Chef des Forces aériennes suisses

(©Blick)

Le 20 avril 2016, c’est sur l’aérodrome militaire de Dübendorf que Pilotesuisse a rencontré le Chef des Forces aériennes suisses, le Commandant de corps Aldo C. Schellenberg lors d’une interview exclusive.
Nous le remercions chaleureusement de nous avoir accordé un peu de son temps et d’avoir répondu à nos questions.

Les thèmes abordés ont été divers. Nous avions le souhait d’en apprendre un peu plus sur nos Forces aériennes de manière neutre, comme toujours.

Monsieur le Commandant de corps Schellenberg, quelles étaient vos motivations lorsque vous étiez jeune ?
« J’ai grandi dans un environnement très modeste. Je n’avais pas d’objectif de carrière précis mais pour moi, il était important d’avoir une bonne éducation scolaire et académique afin de disposer de nombreuses alternatives dans la vie. »

Pourquoi avoir choisi l’armée comme carrière principale après tant d’année dans la milice ?
« L’armée a été tout au long de ma carrière de milice quasiment un hobby. En tant que travailleur indépendant, je n’avais pas le temps pour m’engager activement dans des associations ou en politique. L’offre inattendue de conduire une brigade d’infanterie de montagne pour quelques années en tant qu’activité secondaire m’a attiré. Je pouvais transmettre pendant ce temps la gestion d’une partie de mon entreprise à mon épouse tout en y restant actif. J’ai donc travaillé pendant un an et demi à 60% pour l’armée et 60% pour mon entreprise, ce qui était exigeant. Finalement j’ai eu la chance, à plus de 50 ans, d’entreprendre quelque chose de totalement nouveau dans le conseil, à savoir recevoir la responsabilité de diriger l’une des tâches principales de la Confédération : la sécurité et l’indépendance pour le pays et la population. »

Vous avez donc travaillé pendant un an et demi en partie pour l’armée, en partie pour votre entreprise. Est-ce toujours le cas ?
« Je n’ai plus aucune activité lucrative secondaire. Je me suis totalement retiré des conseils d’administration et n’ai plus aucune activité stratégique ou opérationnelle dans mes précédentes affaires. J’ai également abandonné tous les mandats que j’avais dans mon ancienne entreprise qui est aujourd’hui gérée en intégralité par mon épouse. Je suis un militaire de carrière et rien d’autre, je me dois de rester totalement neutre. »

Vous possédez un cursus académique : cela a-t-il été un atout ?
« Ce qui a été décisif est que le Conseil fédéral avait besoin d’une personne avec des connaissances et compétences spécifiques qu’il ne trouvait pas à l’interne dans l’organisation militaire professionnelle. Il a donc choisi d’ouvrir son champ de vision vers l’extérieur et estimait que « là-dehors », dans le privé, se trouverait une personne connue par ses activités militaires disposant de ces compétences.
Ceci est une prouesse de notre système militaire et j’en suis fier. Particulièrement parce que je ne suis pas un cas unique. Il y a d’autres exemples d’officiers de milices qui ont été promus grâce à leur cursus académique. »

Comment vous êtes-vous hissé au sommet de la hiérarchie militaire ?
« On ne peut pas « planifier » une telle carrière. Il y a beaucoup de chance et de hasard. J’étais simplement au bon moment avec le bon sac-à-dos rempli et prêt au bon endroit. »

Par toutes vos affectations, nous remarquons que l’aérien revient souvent, est-ce un hasard et avez-vous choisi les Forces aériennes ?
« J’ai grandi à Bülach (ZH) et ai pu vivre le développement de l’aéroport de Zürich visuellement et acoustiquement (rires). Je souhaitais effectuer mon service militaire dans la transmission. La caserne étant également à Bülach, j’espérais qu’être dans cette troupe me permettrait de rentrer le soir manger à la maison. Mais ceci n’a pas été le cas, car j’ai été incorporé lors du recrutement dans la DCA forteresse (défense contre avions) à Payerne. Cela a été une grosse déception pour moi jusqu’au moment de mon arrivée à Payerne où j’ai pu rencontrer des camarades formidables. J’ai donc toujours été dans les Forces aériennes. »

Êtes-vous pilote ou pratiquez-vous un sport aérien dans votre temps libre ? Voudriez-vous le faire ?
« Non, je ne suis pas pilote et je n’aurais pas le temps de faire une licence. Mais je pense que depuis que je suis Commandant des Forces aériennes, du kérosène coule dans mes veines (rires). L’aviation ne fascine pas seulement une grande partie de la population, mais moi aussi personnellement. Et l’aviation militaire provoque probablement la plus forte des sensations.

Lorsque j’ai l’occasion de piloter en double commande un hélicoptère ou un jet, de faire un looping dans un PC-7 ou tout simplement de vivre une simulation d’un combat aérien, voire même une mission en direct, je ne ressens pas seulement le virus des Forces aériennes mais aussi le plus grand respect envers l’implication et les performances de nos pilotes. Je profite de chaque instant et j’apprécie cette période de ma vie. »

Actuellement, il y a beaucoup de changements au sein des Forces aériennes. Transit en opérations H24, nouvelle modulation pour la formation des pilotes dès 2017. Y êtes-vous pour quelque chose ?
« Le projet « Police aérienne 24 » est une mission politique que nous mettons en place progressivement. Cependant, le nouveau processus de formation des pilotes a été défini après que j’aie demandé une étude portant sur : comment pourrions-nous accélérer la formation des pilotes sans influencer la qualité afin que ceux-ci arrivent plus rapidement dans un cockpit avec un retour sur investissement plus important. Je me réjouis déjà du résultat, car ceci représente un avancement bénéfique (win-win) pour toutes les parties.

Ce gain est également double. Le pilote pourra plus rapidement faire ce dont il a envie : voler. Il sera aussi plus rapidement opérationnel pour nous. La formation académique étant désormais au choix après discussion, le pilote pourra suivre un cursus académique personnalisé qui lui convienne et nous disposerons donc d’une plus grande palette de compétences au sein de nos rangs. Un petit avantage également pour les Romands, ils auront la possibilité de faire leur cursus en français s’ils le souhaitent. »

(Voir le cursus de formation en cliquant ici)

En une phrase, que diriez-vous à un jeune suisse souhaitant entamer une carrière en tant que pilote militaire ?
« Informe-toi chez SPHAIR ! Prends ton courage à deux mains, prépare-toi bien et nous tirerons le meilleur de ton talent aéronautique ! »

L’opinion publique semble se désintéresser de notre armée et en particulier de notre aviation militaire. Quel est votre point de vue ?
« J’éprouve justement le contraire. Encore actuellement, les Forces aériennes réveillent de grandes émotions. Rappelez-vous du tollé provoqué lorsque l’idée de supprimer la Patrouille Suisse avait été émise ! Mais aussi lors des débats concernant l’achat de nouveaux avions de combat qui avaient été largement suivis. Il est de notre devoir de montrer qu’il n’y a pas seulement besoin d’avoir une police aérienne pour une Suisse sûre et indépendante, mais aussi une armée qui est capable de protéger le pays et sa population des agressions au sol mais aussi dans les airs. »

Comment envisagez-vous le futur des Forces aériennes ?
« Le Conseil fédéral a adopté un concept de sécurité de l’espace aérien à long terme. Dans le cadre de l’achat de nouveaux avions de combat au milieu de la prochain décennie, ce concept sera vérifié à nouveau et concrétisé : Contre quelles menaces voulons-nous nous protéger ? Quel est notre niveau d’ambition ? Comment devront interagir les avions, la DCA et l’artillerie et quels effets cela aura sur la quantité et la qualité de chaque système isolé ? Quels seront les coûts et comment cela pourrait/devrait être financé ?

D’après moi, il y a trois points importants :
– Jets : De qualité et opérationnels au nombre d’au moins 55.
– DCA : Remplacement sur 10 ans de la DCA actuellement obsolète.
– Transport : Il faudra se poser la question si nous souhaitons continuer d’offrir un service comme une entreprise civile ou si nous souhaitons laisser au civil ces opérations et développer un transport de troupes en cas de crise dans des zones hostiles de manière rapide, sûre, efficace et indépendante de la météo. »

Comment envisagez-vous votre avenir au sein de l’armée ?
« Les Forces aériennes vont, dans le cadre de la nouvelle structure de l’armée au 1er janvier 2018, subordonner un nouveau commando opérationnel. Je pars du principe que je resterais Commandant des Forces Aériennes jusque-là et qu’ensuite j’occuperais une nouvelle fonction. »

Vous semblez ne donner que peu d’interviews. Pourquoi avoir accepté le nôtre ?
« L’aviation militaire et l’aviation civile utilisent toutes deux le même espace aérien. Nous devons travailler ensemble activement et approfondir notre compréhension mutuelle. Ce genre d’entrevues tendent à contribuer à cela. »

Pour conclure, auriez-vous un conseil pour nous ?
« Trouvons ensemble les moyens nécessaires pour éveiller le potentiel aéronautique suisse : SPHAIR est la plateforme idéale pour cela. »

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :